Moïse KAMGUEN

Les mototaxis à Douala

Les motocyclettes sont devenues incontournables dans l’espace urbain de la ville de Douala… Du fait du mauvais état et de l’impraticabilité des routes, prendre la moto dans cette ville est nécessaire, voire indispensable…

Rond-Point Deido / Crédit : Moïse KAMGUEN

Dans les rues

Mototaximan, bendskineurs, babana, yorobos, les conducteurs de motos sont en général connus sous ces appellations. Le conducteur de moto en général porte un blouson, pour se protéger du froid, rarement un casque. Difficilement, il possède un permis. Aux feux de signalisation, il traverse que le feu soit vert ou rouge. Pendant les embouteillages, il n’hésite pas à rouler sur la voie contraire ou alors sur les terre-pleins… À la rencontre d’une intersection, sa main dirigée dans un sens ou dans l’autre fait office de clignotant… Et il possède toujours une injure pour toute personne, piéton à l’automobiliste qui lui reprocherait sa conduite… Attitudes souvent en désaccord avec le code de la route…

Entrée de Bonanjo, quartier administratif / Crédit : Moise KAMGUEN

Réactions gouvernementales

Pour tenter de limiter le désordre urbain lié aux mototaxis, la Mairie de la ville de Douala leur a interdit l’accès du quartier administratif . Malgré cette interdiction, il arrive régulièrement que des audacieux se fassent interpeller et saisis pour avoir outrepassé la loi.

Le Maire de la ville de Douala a aussi pris une initiative visant à identifier ces conducteurs de motocyclettes. Cette opération avait pour but de créer un fichier, où serait enregistré chaque chauffeur. L’initiative semble avoir été reportée…

Tout récemment, à la suite d’un incident, le préfet du Wouri a également élargit l’interdiction de circulation des mototaxis. Sa décision jusqu’ici, peine à être respectée.


Voir la mer à Douala

Douala est une ville côtière, c’est un fait. À cette embouchure, le fleuve Wouri se jette dans l’océan Atlantique. La ville de Douala s’est construite autour de l’eau, pendant la période du protectorat allemand sur le Cameroun notamment. À l’arrivée des Allemands, la possession des côtes a été un enjeu crucial, pour les échanges commerciaux entre la métropole et la colonie. De cette époque date le début des travaux de construction du Port de Douala. Projet qui allait de pair avec l’expropriation des populations locales des côtes. Aujourd’hui, comme si cette histoire se poursuivait, les habitants de Douala n’ont toujours pas accès à la mer…

Vue sur le Port Autonome de Douala / Crédit: Moïse KAMGUEN

Pendant longtemps, je n’ai qu’entrevu le Wouri. Je le contemplais par la vitre du bus pendant mes voyages. Rapidement, le véhicule traversait le pont et la vision disparaissait. Autrefois, m’a t-on dit, il existait un endroit où les doualais pouvaient être proches du fleuve. La promenade Base ELF, qui était un de ces lieux phares de regroupement et de détente pour les habitants, n’existe plus. À la place, une cimenterie occupe désormais le terrain…

En plus de cela, la construction de la longue clôture du Port Autonome de Douala récemment, a fait en quelque sorte du fleuve Wouri, la propriété exclusive de l’industrie et du commerce.

Le port de Douala, vue depuis la terrasse de l’ONCPB / Crédit: Moise KAMGUEN

Rechercher l’horizon

En homme libre qui chérit la mer, j’ai cherché les rares places encore disponibles où il est possible de rencontrer le large.

Archiviste dans les locaux de l’ONCPB (Office National de Commercialisation des Produits de Base), j’ai découvert un de ces lieux en franchissant une porte dérobée. Tout à fait par hasard…Une terrasse dans ce vieil immeuble donnait une vue magique sur le Port, ses navires et conteneurs et ses inarrêtables grues…

Le Wouri, vue depuis le Somewhere / Crédit: Moïse KAMGUEN

Prendre le large

D’autres déambulations m’ont conduit à Bonassama, à l’entrée de la ville de Douala, après le pont de Bonabéri. Là, un espace culturel abandonné, le Somewhere, donne accès au bras mort du fleuve… Dans un cadre plus confortable, à quelques mètres, Les Palétuviers Matanda offrent la possibilité aux visiteurs de prendre un pot tout en admirant les mouvements du vent sur la surface liquide. L’opportunité aussi de louer une barque afin d’aller communier avec les eaux du fleuve…


Triste fille de joie

Depuis 2017 et la crise de sécession dans les régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest du Cameroun, des milliers de déplacés internes ont quitté la zone anglophone pour venir vivre dans les villes du côté francophone. À Douala, beaucoup se sont installés, à Bonabéri notamment. Entre difficultés d’adaptation du fait de la langue et absence de travail, certaines femmes parmi ces réfugiés se livrent souvent à la prostitution, à des prix dérisoires…

Rencontre

Au début, tu avais certainement eu honte, mais après, après tu t’y étais faite. Ton corps n’était plus qu’une épave, à laquelle venait s’agripper, de leurs mains éraillées, tous les hommes à la dérive de la ville. Le temps est un tribunal impardonnable ; une pierre dans les veines au soir, tu te promettais à chaque fois de tout arrêter, dès que tu aurais mis assez de côté, pour commencer une vie nouvelle. Mais la vérité c’est que, tu ne pouvais plus te débarrasser de la mémoire de ton corps…

Crédit: Koko Komegne, avec son autorisation ; Oeuvre: Fragments, Koko Komegne
Ta métamorphose

Tu étais devenue la nuit aux plaisirs discrets. Tu étais la rue dégoutante aux rigoles bouchées et puantes. Tu étais la lumière jaunâtre des lampadaires. Tu étais le froid des trottoirs déserts. Tu étais l’aboiement des chiens errants. Tu étais le lit aux draps crasseux. Tu n’étais plus qu’un réceptacle de sperme, d’alcool, de cigarette, de drogues et de sang…

Tu appelais le premier venu ainsi, mais tu ne connaissais pas réellement la signification de ces mots: « chéri, mon amour, trésor, mon ange, bébé, mon cœur… »

Tu n’avais pas eu besoin de faire de grandes études pour comprendre comment ça se passait dans la rue. Sans avoir fait psychologie, tu savais quelles tenues porter pour attirer vers toi les yeux de désir ; sans avoir fait économie, tu savais avec les clients convenir des prix ; sans avoir fait biologie, tu savais quels gestes donnaient une extase incommensurable.

Lecture slam de « Triste fille de joie » par Moise KAMGUEN
Dénouement

Triste fille de joie, ça m’a fait tout bizarre de te voir en plein jour, toi qui étais fiancée à la nuit.

Sur ton corps couché comme autrefois, une question idiote m’a traversée l’esprit. Avec combien d’hommes avais-tu couché, si tu pouvais estimer. Tu ne pouvais pas répondre, voyons ! C’était bête évidemment, tu ne comptais pas, tu ne comptais plus depuis…

J’ai su trop tard que tu n’avais pas renoncé à l’amour, quand ils m’ont appelé pour venir identifier ta dépouille, violée et mutilée.

J’ai su trop tard que tu n’avais pas renoncé à l’amour, que tu gardais blotti contre ton sein  mort, un médaillon en forme de cœur.

Triste fille de joie


Lutter contre le déluge à Douala

Jai toujours été intrigué par les drains de Douala-Vastes conduits d’eau traversant souvent le centre de routes . Ces canaux donnent à la ville un aspect de Venise étrange…

A lire: Projet de drainage de la Mairie de Douala

Drain vers Makepe Missoke / Crédit: Moïse KAMGUEN
Le projet

Depuis quelques années, la mairie de Douala a pris des mesures pour lutter contre les inondations à Douala. En partenariat avec l’Agence Français de développement (AFD), un système de drainage des eaux a été construit.

La seconde phase de ce projet de drainage pluvial a été adopté récemment. D’un coût de 4,4 milliards de Francs CFA, elle prévoit la construction « des ouvrages de loisirs et de proximité attenants aux infrastructures de drainage principales« . Ces drains apparaissent comme une aubaine à Douala; ville à la pluviométrie élevée et sans système de canalisations urbaines. Indéniablement, les drains ont permis de limiter le nombre d’inondations qui survenaient pendant la période des pluies.

image d’enfants recherchant des objets dans le drain / Crédit: Moïse KAMGUEN
Au quotidien

Les drains ont été intégrés désormais dans le quotidien des populations. Même comme leur usage semble dépasser les prévisions . En effet, ces drains servent aussi pour l’évacuation des déchets. Les populations riveraines n’hésitent pas à y jeter leurs ordures ménagères; occasionnant par là un risque de bouchage des canaux obstrués. De plus, certains se plaisent à connecter les canalisations de leurs eaux usées directement vers les drains, qui deviennent des égouts improvisés.

Des jeunes gens n’hésitent pas également à entrer à l’intérieur de ces drains, pour y récolter du sable ou alors des objets à recycler. Ces habitudes, évidemment, constituent un risque pour la santé.


Chaud-froid sur Douala, ville camerounaise sous l’averse

Les pluies ont repris à Douala… Depuis le mois de juillet, presque toutes les matinées et toutes les soirées. Les habitants de la ville sont pourtant accoutumés à la pluie qui ne finit pas de Douala. Mais ces pluies qui ne se terminent pas sont quand même inhabituelles. Si on se souvient de la chaleur particulière des mois de mars et avril de cette année, nul doute que les changements climatiques sont désormais ressentis dans la ville de Douala.

Mototaxi arborant des parapluies. / Crédit : Moïse KAMGUEN

Nouvelles habitudes en saison de pluies

Avec ces pluies, la vie quotidienne a changé dans la ville. Déjà, les transports sont devenus plus coûteux. Les mototaxis, transport privilégié par le plus grand nombre, font dans la surenchère. Conscients de la difficulté à se déplacer sous ces averses, ces derniers augmentent les prix. On peut ainsi voir chaque matin et chaque soir, de longues files de passants en attente d’un moyen de déplacement.

De nouvelles activités économiques sont apparues, comme les vendeurs de parapluies. Les artistes sont également inspirés par ces précipitations interminables, comme Salifou Lindou.

Vendeur de parapluies dans une rue. / Crédit : Moïse KAMGUEN

Difficile de faire un choix entre la chaleur extrême du début de l’année et le froid qui règne en ce moment sur Douala. Surtout que le mois de septembre s’annonce tout aussi pluvieux, que les deux précédents.

À écouter : Les villes africaines prennent l’eau


La libération de Paris a débuté à Douala

La libération de Paris a débuté à Douala. En formulant ce titre, j’ai senti combien il pourrait sonner inconvenant. Mais oui, la libération de Paris pendant la Seconde Guerre mondiale a bien commencé à Douala, en 1940. Le titre m’est venu en voyant le chef de l’Etat du Cameroun en ce moment à Paris. Il a été invité pour participer à la célébration des 80 ans du débarquement de Provence.



À la place du gouvernement à Bonanjo, quartier administratif de Douala se trouve une statue représentant le Général Leclerc. Elle est située juste devant la Poste Centrale. J’avais prêté attention à ce repère lorsqu’un activiste au nom de Essama avait été arrêté pour l’avoir profané. Dans un geste de défi, il avait coupé et emporté la tête du Général. Depuis cette période, une clôture a été installée pour la protéger. « Pourquoi cette statue se trouvait là ? En plein cœur de la ville de Douala, au lieu de celles des nationalistes camerounais ? », demandait l’activiste furieux.

Je me suis le demandé à mon tour : pourquoi cette statue se trouve là ?

Monument du Général Lerclerc à Douala, inauguré en 1948 / Crédit: Moïse KAMGUEN

Retour historique

En août 1940, Leclerc arrive à Douala. Mandaté par le Général de Gaulle, il a reçu pour mission de rallier les colonies à la France Libre. Jusqu’alors, elles étaient restées fidèles au régime de Vichy. Il serait arrivé de nuit, au bord d’une pirogue accompagné d’une vingtaine d’hommes. Débarquant avec le grade de commandant, Leclerc s’autoproclame Colonel. Ce titre lui permettra d’avoir plus de crédibilité et de légitimité. Avec ses galons improvisés, il réussit, dès le 27 août, à convaincre le gouverneur général et le lieutenant colonel Bureau, commandant des troupes françaises à Douala.

  

Fresque représentant l’arrivée de Lerclerc à Douala en 1940 / Crédit: Moïse KAMGUEN

Le 28 Août, Lerclerc est nommé Commissaire général du Cameroun, ayant parvenu à rendre l’Afrique Equatoriale Française gaulliste (hormis le Gabon). D’ailleurs, le Général de Gaulle viendra à Douala quelque temps plus tard, le 8 octobre 1940.

Cette opération de Leclerc à Douala a donné à la France Libre sa première assise territoriale et stratégique d’importance. En plus de cette statue de Leclerc à Douala, d’autres monuments lui sont consacrés au Cameroun. À Yaoundé, il existe aussi un autre monument à son honneur. De plus, le lycée le plus prestigieux du Cameroun, le lycée Leclerc porte son nom.

Le monument du colonel Leclerc est un site historique situé en plein cœur de la ville de Yaoundé. Le 27 août 1940, le Colonel Leclerc devient le Commandant du Cameroun français, nommé par le Général De Gaulles. / Crédit : Kondah – Wikimedia Commons


Aujourd’hui, un homme est mort. Rien ne s’est passé.

Le voleur lapidé

Aujourd’hui, un homme est mort. Rien ne s’est passé. La vie a continué son cours. Un homme est juste mort.

Seul pour l’honorer, le soleil percutant a accordé à sa dépouille une auréole d’ange déchu.

Cet homme c’était un voleur.

Il agressait dans les rues non éclairées de la ville

Il soutirait dans les embouteillages les passants distraits

Il arrachait sur des motos éclairs

Et après la fuite, cœur battant, pour se dissimuler dans la foule ou la nuit.

Cet homme c’était un voleur.

Il avait refusé de se brûler sous le soleil et la poussière

Il avait refusé de se noyer dans les marécages et la boue

Il avait eu honte de poser une assiette en face de lui et de tendre la main

Cet homme c’était un voleur

Dessin : Moïse KAMGUEN / Crédit photo: Moïse KAMGUEN

Aujourd’hui, lorsqu’il a été arrêté, ses suppliques n’arrachaient que des ricanements de la foule en furie.

On l’a dénudé et une pluie de pierres est tombé sur son corps. Une pluie de pierres !

Et un torrent de sang a coulé de son corps, un torrent de sang !

Et puis, son corps a été abandonné là, près de l’indifférence d’une montagne d’immondices.

Vers la fin, une chorale de mouches l’accompagnait jusqu’à sa dernière demeure.

Aujourd’hui, un homme est mort. Rien ne s’est passé.

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Sauver la Ville by Timba Bema

J’aime beaucoup Timba Bema , l’homme et l’œuvre. Parce que sa démarche artistique est l’une des plus intéressantes qu’il m’ait été donné de rencontrer chez nos poètes. C’est de la poésie, qui a vocation à embrasser et embraser la totalité pour nous ramener à l’essentiel, et à partir de laquelle l’individu comme la collectivité peuvent entrevoir un futur différent. Alors naturellement,pour le premier article de ce blog que je consacre à la ville de Douala, j’ai fait recours à lui. Dans ces lignes, il déroule l’itinéraire (physique et sensible) qui l’a amené à son livre « Sauver la Ville » paru en 2021. Livre qui a pour décor la ville de Douala, et qui à partir de l’actuel cherche à réinventer ce territoire. Bonne lecture!

Le retour

 L’écriture de Sauver la ville est consécutive à un choc : le choc du retour après un séjour sans interruption d’une dizaine d’années à l’étranger notamment pour suivre mes études universitaires et travailler par la suite. Je n’avais pas d’attentes particulières, du moins conscientes, de ce voyage. Je me laissais tout simplement guider par cette force magnétique qui m’attirait vers les berges du Wouri. Une fois plongé dans la chaleur étouffante de la ville, je réalisai que le but de ce voyage était de confronter l’image que j’avais précieusement gardée en mémoire de ma ville, cette image façonnée par mes yeux d’enfant et d’adolescent, avec la réalité que j’avais commencé à mieux percevoir avec l’éloignement. Parfois, il faut prendre de la distance pour mieux voir les choses qui nous environnent. Je revisitais les lieux qui marquèrent ma vie à Douala.

Timba Bema, enfant / crédit: Timba Bema

Nostalgie

J’eus l’impression que la ville que j’avais toujours connue s’effondrerait bientôt, tant elle semblait avoir perdu son âme. Douala est la ville où je suis né. Je suis également duala de père et de mère, ce qui signifie que mes racines y sont profondément ancrées. J’ai grandi à Bali, un quartier historique de Douala. Ma sensibilité, mon être au monde ont été façonnés par cette ville.

Je la porte en moi, car elle n’est pas seulement un espace physique, elle est surtout un territoire dans ma mémoire, un lieu dans lequel je m’abrite de temps en temps, comme sur ce goyavier que j’avais planté dans la cour de ma maison d’enfance, ce goyavier dans les branches duquel je me vautrais pour contempler la course des nuages, écouter la musique des oiseaux, mais aussi manger ses fruits savoureux. C’est avec la sensibilité d’un duala, mais surtout d’un doulien, que j’aborde également l’écriture. Cette ville se trouve dans mes écrits de façon directe ou indirecte. Dans Sauver la ville , elle est au centre de mon interrogation.

affiche du livre Sauver la Ville / crédit: Timba Bema

La ville actuelle

Je parlais plus haut du délabrement qui annonce l’effondrement.

Le premier aspect de ce délabrement est la destruction de la matière humaine par le capitalisme sauvage qui se traduit par une marchandisation à outrance. Tout se vend, à Douala, de façon licite ou illicite : la terre, les êtres humains, les diplômes, les emplois, les honneurs… Tout se vend en cette ère de corruption généralisée. Il n’y a plus rien de sacré, rien à préserver, à respecter, à honorer.

Le deuxième aspect du délabrement est la destruction de l’environnement, du cadre de vie. C’est que Douala s’est détournée de l’eau. Je peux même affirmer qu’elle s’est mise à détester sa matrice qui est pourtant l’eau. Les arbres sont coupés. Les rivières et les ruisseaux sont transformés en égouts pour l’évacuation des déchets. Les vergers sont rasés pour construire des chambres, des studios à louer ou des meublés. Les marécages sont remblayés pour construire des habitations afin d’absorber les 110 000 hommes, femmes et enfants qui viennent tous les ans chercher un avenir dans ses murs. Les douliens ne réalisent pas que le niveau de la mer est en train de monter, et que si rien ne change, dans 100 ans, une bonne partie de la côte sera submergée.

Prestation scénique Sauver la Ville / crédit: Timba Bema

Réinventer le territoire

J’ai posé plus haut le constat du délabrement qui a deux volets : celui de la destruction de la matière humaine et celui de la destruction de l’environnement. Le futur de Douala passe certainement par la maîtrise de ces deux dangers.

Destruction de la matière première

Pour freiner la destruction de la matière humaine, il faut limiter les deux leviers du capitalisme à savoir la possession de la terre et le contrôle de la marchandise.

Une réforme foncière est nécessaire afin que 20 % au moins des terres soient inaliénables et employées au bénéfice des collectivités. On peut parler ici de terres collectives dévolues à des investissements collectifs comme cela se faisait dans le temps pour les terres agricoles. Il faut sortir de la logique du tout marché en instaurant des sanctuaires, des zones, des espaces protégés. C’est aussi un bon moyen de limiter le tribalisme qui est le racisme tropicalisé.

En ce qui concerne la maîtrise de la marchandise, cela passe nécessairement par l’industrialisation, c’est-à-dire l’augmentation massive de la production de richesses à l’intérieur du territoire afin de donner un emploi et des perspectives à notre écrasante jeunesse. Le modèle de l’économie de plantation qui explique l’essor de Douala est appelé à disparaître du fait de la démondialisation en cours avec l’avènement des BRICS.

Destruction de l’environnement

Pour limiter la destruction de l’environnement, du cadre de vie, il est indispensable de créer un second pôle économique pour alléger Douala à bout de souffle. Il faut aussi repenser l’architecture et l’aménagement du territoire pour avoir le moins d’emprise sur le sol. Le mode d’habitat actuel, basé sur la villa individuelle n’est pas la façon optimale d’occuper le sol. Il faudrait penser à verticaliser l’habitat. Douala a tourné le dos à l’eau. Son avenir passe par la réconciliation avec l’élément liquide. Pour ce faire, il faut réhabiliter les sources, les canaux, les ruisseaux et les rivières qui sillonnent la ville et sont actuellement encombrés par les déchets ménagers. On peut s’inspirer du système de gestion de l’eau mis sur pied par Amsterdam depuis des siècles et qui sait s’adapter pour répondre aux défis du moment comme l’élévation du niveau des océans.

Par la position géographique de Douala, la végétation y joue un rôle essentiel pour établir un équilibre entre terre et mer, elle permet aussi de faire baisser la température ressentie et les dépenses énergétiques. Les arbres devraient donc réinvestir la ville et la mangrove reconstituée. Douala est aussi une ville où on vit dehors, il est inconcevable qu’il y ait si peu de jardins publics. Pourtant, ceux-ci devraient pousser dans tous les quartiers, que dis-je, tous les blocs. De même que les bibliothèques, les centres sportifs et artistiques y compris les marchés qui devraient être de proximité et de plus petite taille.

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Timba Bema


Pourquoi j’ai crée ce blog sur la ville de Douala ?

Le 23 octobre 2023, le maire de la ville de Douala Roger Mbassa Ndinè annonçait le lancement d’un programme baptisé « Douala Clean City ». La phase opérationnelle de ce projet, qui a débuté depuis le 31 octobre 2023, se poursuit…

affiche de la campagne « douala clean city » / crédit photo: Moïse KAMGUEN

Défis de la ville de Douala

Malgré la bonne volonté de la part du maire de la ville Roger Mbassa Ndinè et le désir d’implémenter cette belle initiative, la ville de Douala reste confrontée à plusieurs défis. En effet, étant une ville industrielle et la capitale économique du Cameroun, Douala ne bénéficie pas d’un système fiable et efficace de collecte et de traitement des déchets. Les capacités de la société responsable Hygiène et salubrité du Cameroun (HYSACAM) ne sont plus en mesure de répondre à la demande. En plus de ce taux d’enlèvement faible, du fait de problèmes internes liés à la dette publique de l’Etat vis-à-vis de cette société, elle se trouve constamment en déficit. Ainsi, elle ne parvient pas toujours à payer ses employés et réduit de fait les passages de collecte dans les quartiers. Résultat des courses, des tonnes de déchets parsèment les espaces publics dans la ville de Douala. Les initiatives d’ordre privées comme la société de traitement de déchets Redplast, qui assure le recyclage des déchets plastiques n’arrivent pas à absorber le débit du fait de leurs capacités limitées.

Carrefour Pendaison ; proche du Campus ESSEC / crédit photo: Moïse KAMGUEN

Impliquer les communautés

Mon projet de blog vise à essayer de créer un sens commun pouvant fédérer les habitants de la ville de Douala sur l’avenir de leur ville. J’observe en effet que les jeudis matins réservés au nettoyage de la ville par les Mairies sont désertés par les populations au profit d’activités sportives ou récréatives. Il se pose ainsi un problème de création d’une identité collective susceptible de créer un engagement citoyen de tous dans les destinées de la ville. Pour aboutir à cet idéal d’implication participative et inclusive, je pense qu’il faudrait sensibiliser l’ensemble des doualais au patrimoine urbain et historique de leur ville, imaginer des solutions innovantes adaptées au contexte local (exemple dans le choix des matériaux de constructions, Douala étant une ville humide), et créer ainsi une architecture qui puisse répondre aux besoins de sens et de beauté.

affiche de la Communauté Urbaine de Douala / crédit photo: Moïse KAMGUEN

Rêver la ville

La nécessité de s’approprier son espace est dont plus que jamais urgente afin de sortir du schéma colonial de cette ville, qui était de construire uniquement des lieux de prédation et d’exploitation tant des hommes que de la marchandise. Cette démarche passe notamment à mon sens par l’identification ou la création de ce que j’appelle l’âme de la ville, qui peut se matérialiser par des symboles, des monuments, la conscience et le partage d’une histoire commune, une architecture reconnaissable qui puissent créer l’intérêt des habitants pour leur ville et la fierté d’y demeurer. Ce projet de blog vise à créer une plateforme d’échanges et de partage, d’actions aussi, pour faire de Douala, première capitale politique du Cameroun une ville à la hauteur de son histoire.